Dans les milieux libéraux, il est presque une règle tacite : afficher son soutien à des partis de droite radicale entraîne souvent un rejet social. Mais qu’en est-il vraiment sur le marché des rencontres, alors que les jeunes générations se radicalisent de plus en plus politiquement ?

L’idée que mentionner son soutien à l’AfD ou à l’UDC sur des applis comme Tinder mène à un désavantage social est largement partagée. Mais qu’en est-il dans d’autres contextes, comme pour les partisans de VOX en Espagne ou Reform UK au Royaume-Uni ? Derrière un simple swipe de refus, se cache-t-il un rejet politique ou un simple désaccord ? Et si cette stigmatisation n’était pas aussi systématique qu’on le croit ?

Les politologues Alberto Lopez Ortega et Stuart Turnbull-Dugarte ont enquêté sur cette question. Leurs résultats, à paraître dans The Journal of Politics, montrent une réalité plus complexe : le marché des rencontres réagit aux préférences politiques de droite de manière bien plus nuancée que ce que l’on imagine.

Le mythe des électeurs « infréquentables »

Contrairement aux idées reçues, les partisans de la droite radicale ne sont pas systématiquement rejetés. Ils ont des chances de succès au moins équivalentes aux autres, voire supérieures. Cela s’explique par la polarisation croissante : les conservateurs préfèrent naturellement des partenaires qui partagent leurs opinions, tout comme les progressistes. Ce phénomène a des implications fortes pour la démocratie libérale.

Pour analyser cela, les chercheurs ont mené une vaste expérience : plus de 2’000 participants en Espagne et au Royaume-Uni ont évalué plus de 20’000 profils fictifs, dont les attributs (apparence, profession, éducation, intérêts, opinions politiques) variaient.

Des résultats surprenants

Au Royaume-Uni, afficher un soutien à Reform UK, le parti de Nigel Farage, n’est pas un handicap, bien au contraire : ces profils sont mieux accueillis que ceux des conservateurs traditionnels. En Espagne, les électeurs de VOX sont surtout pénalisés par les personnes de gauche, tandis que les conservateurs du Partido Popular préfèrent clairement les partisans de VOX aux centristes.

La distance politique prime sur la radicalité

Ce qui importe avant tout, c’est la distance idéologique, pas la radicalité. Comme le résument Ortega et Turnbull-Dugarte : « Mieux vaut être radical et du bon côté que modéré et du mauvais ».

Dans notre société polarisée, ce clivage influence même nos choix intimes. Pour beaucoup de conservateurs, les opinions de gauche sont un obstacle plus grand que les positions radicales à droite. Cette dynamique contribue à une normalisation progressive de la droite radicale, avec des conséquences majeures sur la démocratie.

Une responsabilité collective

Les chercheurs soulignent que le centre bourgeois porte une part de responsabilité. Tolérer ou coopérer avec la droite radicale n’est pas neutre : c’est une menace pour les valeurs démocratiques. L’argument selon lequel il vaut mieux être proche des « extrêmes » de son camp que du centre adverse affaiblit le socle même de toute démocratie libérale, comme ils l’expliquent dans leur article publié sur le portail scientifique DeFacto.

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