300 000 votes et la question : où va l’économie mondiale ?
Pourquoi la prudence est devenue une approche stratégique importante dans le monde entier
L’économie mondiale se trouve à un tournant. Non seulement en raison des conflits géopolitiques, des crises énergétiques ou des disruptions technologiques, mais aussi parce que les attentes des consommateurs évoluent de manière spectaculaire. C’est ce que montre la nouvelle étude du Oliver Wyman Forum : « 300.000 Voices : The Next Era of Global Change ». Elle est plus qu’un simple reflet de l’opinion publique. C’est un système d’alerte pour les marchés, les entreprises et les politiques.*
L’enquête révèle un état d’esprit global : la prudence. En effet, l’inflation, la volatilité des prix des matières premières et la fragilité des chaînes d’approvisionnement ont ébranlé la confiance. Les consommateurs privilégient la sécurité à la durabilité – un changement de paradigme qui a des conséquences. Lorsque les ménages économisent, la demande se déplace. Les produits de luxe sont sous pression, tandis que les segments sensibles au prix se développent. Pour l’économie mondiale, cela signifie que la dynamique se déplace de la « croissance verte » vers la « croissance sûre ». Les investissements dans la résilience et l’efficacité deviennent plus importants que les projets de prestige.
Les divergences régionales : un globe divisé
L’étude montre que si l’Asie reste optimiste et prévoit une croissance, l’Europe est marquée par la prudence. Les États-Unis hésitent entre l’innovation et la polarisation politique. Cela a des conséquences sur les chaînes de valeur mondiales. Les entreprises doivent s’adapter à des marchés fragmentés et différencier leurs stratégies selon les régions. Celles qui continuent à miser sur des modèles uniformes risquent d’être désavantagées par rapport à la concurrence.
L’IA, l’automatisation et les plateformes numériques sont considérées comme porteuses d’espoir pour la productivité. Mais le scepticisme grandit : la protection des données, les questions éthiques et les craintes liées à l’emploi freinent l’adoption. Pour l’économie mondiale, c’est une épée à double tranchant. D’une part, la technologie offre des potentiels d’efficacité, mais d’autre part, des tensions sociales risquent de menacer la stabilité politique. Les investisseurs et les entreprises doivent prendre en compte ces risques et investir dans la « technologie responsable ».
Qu’est-ce que cela signifie pour l’agenda mondial ?
La « Next Era of Global Change » oblige l’économie et la politique à repenser leur approche. Trois points sont essentiels :
L’économie mondiale ne va pas s’effondrer ; elle va se réorganiser. La croissance reste possible, mais elle obéit à de nouvelles règles : stabilité, transparence et adaptabilité sont les monnaies de l’avenir. Celui qui comprend cela ne façonne pas seulement la communication, mais aussi les marchés.
*) Sur la méthodologie :
Depuis 2020, date à laquelle le monde a été ébranlé par la pandémie, l’étude Global Voices d’Oliver Wyman Forum dresse un état des lieux de l’opinion internationale sur des sujets tels que le monde du travail, la désinformation et les changements sociaux. L’hypothèse : un choc tel que le Covid-19 marque des générations entières et modifie à long terme les valeurs et les convictions. Cela s’est confirmé.
Cinq ans plus tard, le projet comprend près de 300 000 données d’opinion provenant de 20 pays. Certaines questions sont répétées chaque année, d’autres sont posées à nouveau afin de prendre encore plus précisément le pouls de l’opinion. Au début, les données étaient chaotiques : un brouhaha de voix. Mais au fil du temps, un schéma clair s’est dégagé : les gens changent de manière perceptible. Leurs valeurs, leurs émotions, leurs méthodes de travail, leurs comportements en matière de gestion, de consommation et d’investissement se déplacent.
Un nouveau facteur est à la base de bon nombre de ces changements : l’intelligence artificielle, qui devient une force déterminante dans l’économie et la société à un rythme effréné.

Quand le stylo se tait