« Mens sana in corpore sano » version 2025
Ophélia Jeanneret directrice du Service Sport Santé UNIL+EPFL sait pourquoi il faut faire bouger les étudiants et les chercheurs. Et ce qui relie la politique, le sport et la santé.
Ophélia Jeanneret directrice du Service Sport Santé UNIL+EPFL sait pourquoi il faut faire bouger les étudiants et les chercheurs. Et ce qui relie la politique, le sport et la santé.
Ophélia Jeanneret ambitionne de maintenir les quelque 40’000 étudiants et employés du campus lausannois en mouvement, de faire rayonner l’UNIL et l’EPFL par une politique liant sport et santé et misant sur la recherche et les nouvelles technologies. Rencontre avec la directrice du Service Sport Santé UNIL+EPFL, oratrice lors de l’inauguration du nouveau bureau furrerhugi de Lausanne.
Lausanne est connue dans le monde entier comme Capitale olympique. Elle abrite une cinquantaine de fédérations sportives internationales. Le chef-lieu vaudois a accueilli les Jeux olympiques de la jeunesse en 2020, la ville accueillera la Fête fédérale de gymnastique en juin prochain. Lausanne est associée au sport d’élite comme amateur. Sans oublier les hautes écoles, l’Université de Lausanne comme l’EPFL, qui participent également à ce rayonnement sportif de la ville.
Ophélia Jeanneret : C’est un écrin unique au monde. C’est un cadeau et cela demande une gouvernance claire et précise pour maintenir et développer cet héritage. Si on considère les trois missions des hautes écoles – à savoir l’enseignement, la recherche et le lien vers la cité – on a la possibilité de profiler cette singularité vers l’extérieur.
Tous ces lieux emblématiques, les fédérations internationales, le siège du CIO, les hautes écoles doivent nous permettre d’opérer le virage vers le sport et le sport santé de demain. Jusqu’à présent le sport était surtout considéré au-travers de ce qu’il a de réglementé, d’institutionnel ou d’associatif. Opérer la transition vers la notion de sport santé est ce qui nous intéresse, avec tous les enjeux de société qui y sont liés : la santé publique, l’intégration ou la cohésion par exemple.
C’est d’ailleurs une des premières choses que vous avez faite en prenant vos fonctions : le « service des sports universitaires » est devenu « Service Sport Santé UNIL+EPFL ». Pourquoi ce changement de nom ?
Jeanneret : Nous tenons beaucoup au concept d’éducation à la performance en santé, qui doit être accessible à tout le monde. Pour nous, les membres de la communauté universitaire sont tout autant importants que les athlètes qui vont aux Jeux Olympiques et gagnent des médailles. Le sport santé, c’est promouvoir le mouvement, l’activité physique en tenant compte des dernières recommandations de l’OMS où chaque geste compte, par exemple se rendre à une réunion en marchant.
La prise en compte des individus dans une éducation à la performance en santé durable doit s’envisager à 360 degrés. Il y a la performance, le mouvement, mais aussi la santé, domaine où nous n’avons pas toutes les expertises. Et c’est là où faire partie de cet écosystème lausannois dense est un atout. Nous avons la chance d’être entourés de centres de compétences en santé, comme Unisanté, le CHUV, le centre SportAdo, l’EHM, Vidymed par exemple.
Diriger le Service Sport Santé UNIL+EPFL, ce n’est donc pas seulement la gestion des horaires des salles de gym et des terrains de foot ?
Jeanneret : Cela fait aussi partie de notre travail. Nous gérons quelque 120 cours avec une offre très variée. Nous voulons aussi sortir des salles de gym et délocaliser toutes les possibilités de bouger sur le campus. Le campus de Dorigny, c’est une ville, avec des questions d’urbanisme, de végétalisation, des îlots de chaleur à gérer. Tout ceci entre dans le domaine de la santé.
Le campus de l’UNIL a obtenu le label Healthy Campus, une démarche initiée par la Fédération internationale du sport universitaire pour améliorer le bien-être, la santé et l’accès à l’activité physique des étudiants et du personnel. Et nous organisons les Jours Santé à l’UNIL et à l’EPFL, qui vont aussi dans le sens d’amener le sport santé sur les campus, avec une approche centrée sur la complémentarité de la santé physique et mentale.
L’une des missions des hautes écoles, c’est la recherche, l’innovation. Comment cela se traduit-il ?
Jeanneret : Toujours dans l’idée de développer le sport de demain, nous avons un espace dédié à l’innovation, le Solution Lab (SLab). Le SLab offre un pôle d’expertise et de développement aux différents acteurs, start-ups, entreprises et institutions.
Nous avons de plus notre projet de médiathèque : l’idée est de créer l’avatar de chaque individu qui vient bénéficier d’une prestation au sein de nos infrastructures, sportif d’élite ou pas. Ensuite, il pourra se connecter à une médiathèque qui lui proposera des recommandations individualisées, des vidéos, pour poursuivre vers une éducation à la performance en santé. Développer des algorithmes, intégrer l’intelligence artificielle, favoriser l’innovation et le développement de start-ups, cela fait aussi partie de nos missions. Nous apportons notre connaissance du terrain, l’expérience utilisateur qui permet de développer des prototypes qui seront les solutions de demain et intéresseront le marché du sport au sens large.
J’aimerais aussi mentionner le projet « Health for performance » réalisé lors des Jeux olympiques de la jeunesse en 2020, qui mêle santé, sport et tech, en partenariat avec l’UNIL, l’EPFL, le CHUV et la Haute école de santé Vaud. C’est un programme ludique qui permet d’optimiser sa performance tout en faisant de la prévention. Cela permet de détecter par exemple s’il y a des crispations ou des mouvements de compensation et permet d’allier des recommandations individualisées.
On nous a demandé de renouveler l’expérience pour les championnats du monde de hockey sur glace en 2026 à Zurich et Fribourg. Nous allons travailler ici avec l’Université de Fribourg. Nous nous projetons sur le long terme avec en ligne de mire les Jeux Olympiques et paralympiques de 2038. L’héritage, c’est aussi donner du sens à toute grande manifestation. Et l’innovation, c’est une manière de laisser un héritage en termes de santé publique pour tout un chacun.
2038, ça peut paraître lointain. C’est important de se projeter dans l’avenir ?
Jeanneret : Je suis convaincue qu’il est important de prendre le temps d’expliquer ce qu’on veut faire, c’est pourquoi j’aime bien parler de ce virage vers le sport santé pour la société.
Pour moi, avoir cette clarté de la vision pour les JO 2038, c’est quelque chose qui doit commencer maintenant, pour rassurer, rassembler et expliquer la fonction citoyenne d’un événement comme les JO. On a énormément de chance et aussi une responsabilité d’accompagner cette transformation de l’image des JO. On parlera peut-être du gigantisme du sport santé en 2038 qui combinerait sport d’élite et engouement citoyen au mouvement. Ce serait magnifique !
Vous avez bâti votre carrière dans le monde du sport. Que vous apporte cette expérience dans la gestion d’une équipe ?
Jeanneret : Ce que j’ai pris avec moi du monde du sport, c’est que si vous faites faire le mauvais geste à une personne ou que vous la forcez à un geste qui ne va pas dans sa coordination et motricité naturelle, vous n’allez jamais atteindre l’excellence. C’est notre devise dans le service – travailler sur la qualité et l’efficience du mouvement. Et c’est comme ça que je conçois le management : prendre en compte les compétences naturelles des gens.
Ophélia Jeanneret dirige depuis 2022 le Service Sport Santé UNIL+EPFL, un service d’une quarantaine de personnes basé sur le campus lausannois. Elle est également depuis 2024 vice-présidente de Swiss University Sports (SUS) – la faîtière des organisations sportives universitaires. Auparavant, cette ancienne patineuse artistique a travaillé une dizaine d’années à l’Office Fédéral du Sport à Macolin, puis comme directrice du Service des sports et de l’activité physique à la Ville d’Yverdon-les-Bains, ainsi que dans l’entraînement d’athlètes de haut niveau comme préparatrice physique de nombreux patineurs artistiques, du NUC Volleyball (LNA) et du Hockey Club la Chaux-de-fonds (LNB). Ophélia Jeanneret est titulaire d’un doctorat en sciences du sport, diplômée en management du sport ainsi qu’en leadership et pilotage du sport et entraîneuse de sport d’élite.

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