Les États-Unis envoient à nouveau un message clair à l’Amérique latine : « Notre arrière-cour, nos règles. » La Russie fait de même en Europe de l’Est, la Chine en mer de Chine méridionale. (Photo : Unsplash, Shekinah Togonon)

L’ordre mondial tel que nous le connaissions semble définitivement appartenir à l’histoire. Le Forum économique mondial de Davos l’a également montré. Pendant des décennies, le principe de la coopération multilatérale, soutenue par des institutions et des règles internationales, a prévalu. Mais les développements récents le montrent : nous nous dirigeons vers une ère de zones d’influence et cela change fondamentalement l’architecture de la sécurité mondiale.

Le retour de la doctrine Monroe dans le contexte de la politique américaine vis-à-vis du Venezuela est plus qu’un simple phénomène régional. C’est le symptôme d’un changement tectonique : les grandes puissances définissent à nouveau leurs intérêts de manière territoriale. L’idée d’une « sphère d’influence » fait un retour en force. Cela a des conséquences importantes. C’est ainsi que Stephen M. Walt, chroniqueur à Foreign Policy et professeur de relations internationales à Harvard, décrit l’évolution actuelle.

De la mondialisation à la fragmentation géopolitique
L’ordre d’après-guerre était fondé sur l’idée que l’interdépendance économique et les institutions internationales permettraient de contenir les conflits. Aujourd’hui, nous constatons le contraire : des guerres commerciales, des sanctions et la formation de blocs géopolitiques. Les États-Unis, la Chine et la Russie misent sur des espaces stratégiques dans lesquels ils dictent leurs règles. Pour l’économie mondiale, cela signifie que les chaînes d’approvisionnement deviennent politiques et les investissements géopolitiques. Les entreprises doivent s’adapter à un monde fragmenté dans lequel l’accès au marché ne dépend pas uniquement de la concurrence et du pouvoir.

Avec le réaménagement, l’importance de la présence militaire augmente également. Les États-Unis signalent à nouveau clairement en Amérique latine : « notre arrière-cour, nos règles ». La Russie fait de même en Europe de l’Est, la Chine en mer de Chine méridionale. Ce n’est pas seulement une politique symbolique, mais aussi un message stratégique. La sécurité est à nouveau pensée de manière territoriale. La question qui se pose à l’Europe est la suivante : comment un continent qui mise sur les normes s’affirme-t-il dans un monde de projection de puissance ?

Les jeux de pouvoir mondiaux et leurs conséquences économiques
La nouvelle architecture de sécurité n’est pas une question purement militaire. Elle affecte les marchés, les investissements et la communication. Les entreprises doivent faire de la gestion des risques géopolitiques une obligation et intégrer les scénarios politiques dans leurs stratégies – des sanctions aux risques de la chaîne d’approvisionnement. Les plans globaux perdent de leur importance et la résilience régionale devient un facteur de réussite décisif. Pour opérer dans une zone d’influence, il faut comprendre les logiques de pouvoir locales et s’y adapter. La communication devient une arme stratégique. Dans un monde d’incertitude, ce n’est pas seulement ce que font les entreprises qui compte. La manière dont elles expliquent leur rôle aux clients, aux investisseurs et aux gouvernements est tout aussi décisive. Créer la confiance et faire preuve de responsabilité, c’est garantir la réputation et la capacité d’action économique.

L’ère des zones d’influence n’est pas un retour au passé, mais une nouvelle réalité. L’ignorer, c’est risquer la cécité politique et économique. La question n’est pas de savoir si nous devons nous adapter, mais à quelle vitesse.

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