Nous vivons déjà des temps incertains. À cela s’ajoute désormais le « AI Fog » – un brouillard d’incertitude provoqué par le développement rapide de l’intelligence artificielle. (Image : Shutterstock)

Chez les jeunes actifs, les étudiants comme les cadres, le constat revient souvent : « Je ne sais plus sur quelles bases planifier mon avenir. » La Harvard Business Review a mis un nom sur ce malaise : le « AI Fog ». Non pas une peur abstraite de l’avenir, mais le sentiment que le progrès technologique avance plus vite que notre capacité à nous y adapter.

Une remise en cause de la planification à long terme
Nos trajectoires reposent sur des décisions étalées dans le temps : études, carrière, investissement, prévoyance. Avec en toile de fond une hypothèse implicite : l’avenir prolonge le présent de manière relativement prévisible.

Cette hypothèse vacille. Pour l’économiste Toby Stuart, l’IA ne transforme pas seulement les métiers, elle bouscule les fondements mêmes de la planification. Si l’on ne peut plus anticiper les compétences demandées à cinq ans, chaque décision structurante devient plus risquée.

Les jeunes en première ligne

Ce basculement frappe d’abord les jeunes. Ceux qui entrent aujourd’hui dans la vie professionnelle se posent des questions inédites : Leur métier existera-t-il encore ? Quelles compétences resteront utiles ? La spécialisation garde-t-elle du sens ?

L’IA rédige, analyse, programme, et s’invite désormais dans des domaines juridiques, médicaux ou créatifs. Les professions évoluent plus vite que les institutions de formation et les entreprises.

Mais l’incertitude gagne aussi les parcours expérimentés. La progression linéaire – expérience, responsabilités, promotion — n’est plus une évidence. Les postes visés pourraient être, au moins en partie, automatisés.

Une tension particulière en Suisse

En Suisse, l’enjeu est d’autant plus aigu que l’économie repose largement sur des activités à forte intensité de savoir — finance, conseil, communication, pharma — où l’IA déploie déjà ses effets.

Or le modèle suisse valorise la stabilité : formation solide, trajectoires lisibles, prévoyance à long terme. Le « AI Fog » heurte ainsi une culture fondée sur la prévisibilité.

Ce qui va être important

Face à cette incertitude, la Harvard Business Review plaide pour un déplacement de perspective : moins de rigidité, davantage « d’optionalité », c’est‑à‑dire la capacité à garder plusieurs chemins ouverts.

Quatre implications concrètes :

  1. Apprendre en continu : Ce ne sont pas seulement les diplômes qui comptent, mais la disposition à acquérir en permanence de nouvelles compétences.
  2. Penser plus largement : Les connaissances spécialisées restent importantes. En même temps, les compétences que l’IA ne peut pas remplacer aussi facilement gagnent en importance : la pensée critique, la communication, la créativité et l’intelligence sociale.
  3. Accepter des parcours de carrière plus flexibles : Les changements de métier et les réorientations deviennent plus fréquents. Les parcours professionnels seront à l’avenir moins linéaires.
  4. Apprendre à supporter l’incertitude : La capacité à gérer les changements devient une compétence clé.

L’adaptabilité comme nouvelle sécurité
Le « AI Fog » ne décrit pas un futur sombre, mais une phase de transition : les certitudes d’hier disparaissent avant que de nouveaux repères ne s’installent.
Dans ce contexte, la sécurité ne réside plus dans la prévision, mais dans la capacité d’adaptation — rester mobile, apprendre en continu et ajuster sa trajectoire au fil des transformations.

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